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Le cyanotype : l’art du tirage monochrome

À l’occasion des Jardins Ouverts, nous vous proposons de découvrir le cyanotype. Élaboré en 1842 par le scientifique John Herschel, ce procédé photographique ancien permet la réalisation de tirages monochromes d’un bleu profond. Si la technique repose sur la chimie, son histoire s’écrit avant tout en plein air, au contact direct de la lumière et du végétal.

Le principe technique

Contrairement à la photographie en chambre noire, le cyanotype s’expérimente à la lumière du jour et ne nécessite pas d’appareil photo. Le principe repose sur une solution de sels de fer, appliquée au pinceau sur une feuille de papier. Une fois le support sec, il suffit d’y déposer une plante, une fleur ou un simple outil, puis de laisser le tout au soleil.

Ce sont les rayons ultraviolets qui modifient la matière : sous leur action, le papier jaunit, puis devient gris. L’étape finale est sans doute la plus marquante de ce processus. En plongeant simplement la feuille dans un bac d’eau claire, la chimie qui n’a pas été exposée au soleil se dissout. C’est à cet instant que le bleu apparaît et fixe l’empreinte de l’objet de façon définitive.

Les premières applications en botanique

Cette technique rudimentaire trouve très tôt une application scientifique. Dans l’Angleterre des années 1840, la botaniste Anna Atkins cherche un moyen précis de documenter ses vastes collections de plantes. Le dessin traditionnel demande alors un temps considérable et une habileté rare pour reproduire correctement la complexité des nervures d’une simple feuille.

Proche de John Herschel, elle décide d’utiliser sa récente invention. Pendant une dizaine d’années, elle va presser ses spécimens d’algues séchées directement sur le papier enduit. Ce travail d’archivage prend forme dès 1843 avec la publication de Photographs of British Algae. Sans le savoir, Anna Atkins vient de créer le tout premier livre illustré par des photographies de l’histoire, transformant une simple expérience de laboratoire en une véritable méthode de recensement végétal.

Usages industriels et artistiques

Le procédé quitte ensuite les laboratoires. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sa facilité d’utilisation sur le terrain intéresse les ingénieurs et les architectes. Pour eux, c’est une méthode très pratique pour dupliquer des plans de construction en grande série directement sur les chantiers. C’est de cet usage que vient l’expression des « bleus d’architecture ».

En parallèle, cette couleur bleutée intègre peu à peu les albums de famille des photographes amateurs, mais elle divise les professionnels, qui la jugent souvent trop éloignée de la réalité. Quelques figures de l’époque s’en amusent pourtant. C’est le cas en France du comte Robert de Montesquiou : loin des chantiers ou des laboratoires, cette figure de la vie mondaine parisienne utilise le cyanotype pour réaliser des autoportraits originaux, qu’il personnalise en y ajoutant des traits d’argent pour leur donner l’aspect de petites enluminures.

La pratique aujourd’hui

Délaissée dans les années 1930 face à l’arrivée de techniques industrielles plus rapides, cette pratique photographique suscite aujourd’hui un nouvel engouement. Loin des écrans, s’essayer au cyanotype demande de composer avec la météo, de prendre le temps d’observer le soleil et de manipuler des éléments physiques. Une démarche de création qui prend tout son sens dans le cadre des Jardins Ouverts, où le végétal redevient à la fois le sujet et l’outil de l’image.

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