Rencontre avec le Capitaine Romain Marqué : » L’esprit d’équipe et le sens du devoir restent le cœur de notre métier «
Récemment nommé à la tête du centre de secours d’Éragny-sur-Oise, le Capitaine Romain Marqué revient sur son parcours au sein des sapeurs-pompiers du Val-d’Oise, les réalités du terrain et les défis de la profession.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir sapeur-pompier ?
À l’époque, j’étais étudiant et je disposais de temps libre que je souhaitais mettre à profit. Je voulais continuer à pratiquer une activité physique régulière, tout en donnant du sens à mon engagement et en me rendant utile à la population. Le monde des sapeurs-pompiers réunissait finalement tout ce que je recherchais : le sport, l’action, la solidarité et surtout des valeurs humaines fortes, comme l’engagement, le respect, la cohésion et l’esprit d’équipe.
Je cherchais aussi à intégrer une véritable corporation, dans laquelle chacun peut compter sur les autres et où l’on avance collectivement au service des autres.
Ce qui était au départ une démarche pour occuper utilement mon temps libre est devenu, au fil des années, un véritable engagement professionnel et humain. Aujourd’hui, après plus de 25 ans de parcours chez les sapeurs-pompiers, ces valeurs restent au cœur de ma manière d’exercer mes fonctions.
Quel a été votre parcours avant de prendre la tête de la caserne d’Éragny ?
À 18 ans, j’ai rejoint le centre de secours de Franconville comme sapeur-pompier volontaire pendant deux ans. Je cherchais une activité collective exigeante physiquement et utile à la population. J’ai ensuite réussi le concours national de sapeur-pompier professionnel avant d’être recruté dans le Val-d’Oise.
Mon parcours m’a mené 5 ans à Montmorency (comme homme du rang, de sapeur à caporal-chef), puis 5 ans au centre de secours principal d’Eaubonne (retrait de la notion du GSMP). En 2012, je suis arrivé à Éragny-sur-Oise comme sous-officier pendant 8 ans.
Après la réussite du concours de lieutenant en 2020, j’ai rejoint le service prévention à Osny pour veiller au respect des règles de sécurité dans les établissements recevant du public. En 2024, devenu capitaine, j’ai pris la tête du service soutien opérationnel à la Direction départementale située à Neuville-sur-Oise pour gérer la partie post-opérationnel et le déploiement du nouveau système de traitement des appels 18/112 et de gestion des interventions. Aujourd’hui, je reviens à Éragny comme chef de centre, avec la particularité de retrouver un tiers de l’effectif que j’ai connu sous un autre grade.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier, et à l’inverse, qu’est-ce qui est le plus difficile ?
Ce qui me passionne, c’est l’action collective. Dans un engin, chaque agent a un rôle précis. Rentrer au centre de secours après une intervention d’envergure avec le sentiment du devoir accompli procure une satisfaction immense.
À l’inverse, le plus complexe aujourd’hui réside dans l’évolution du contexte social. Le respect autrefois accordé à la profession s’est parfois effrité au profit d’un sentiment de « dû ». Lors de tensions ou de violences urbaines, nous devons évaluer scrupuleusement la balance bénéfice/risque : nous n’engageons pas nos agents sur un feu mineur, comme une poubelle isolée, si la zone n’est pas sécurisée par les forces de l’ordre ou s’il n’y a pas de risque de propagation. Les pompiers n’ont pas à subir d’agressions ou de traumatismes. Même si ces incivilités ne sont pas quotidiennes, faire face à une hostilité dirigée vers ce que nous représentons reste difficile à appréhender.
Arrive-t-on à détacher son esprit de la caserne une fois la journée terminée ?
Le secret professionnel impose une réserve stricte, mais nous restons humains. Après une intervention marquante, il est naturel d’en partager l’émotion avec ses proches, sans entrer dans les détails. En tant qu’officier, les préoccupations deviennent managériales et administratives : il est rare de ne pas garder un calepin à portée de main chez soi pour y noter une idée. Cependant, il faut s’imposer des règles pour préserver sa vie de famille et l’équilibre qui en découle.
En cas d’intervention particulièrement marquante, la solidarité d’équipe joue un rôle fondamental lors du retour à la caserne. Le SDIS a également développé une chaîne de soutien psychologique très structurée pour accompagner les agents qui en éprouvent le besoin.
Une intervention ou un souvenir vous a-t-il particulièrement marqué ?
Sur le plan local, l’incendie du parking souterrain de La Challe à Éragny en 2015 (32 véhicules brûlés et une trentaine d’appartements évacués) ou le feu d’entrepôt de la société Cogetrad Industries à Saint-Ouen-l’Aumône en 2019 restent des opérations d’une grande ampleur.
Enfin, les opérations extérieures (OPEX) pour feux de forêt notamment — comme sur les grands incendies de cet été à Fontainebleau, dans le Var, la Gironde, les Landes ou les Pyrénées-Orientales — sont des expériences humaines d’une rare intensité. Malgré la pénibilité du terrain et le drame écologique, la gratitude et la bienveillance exprimées par les populations locales lors de ces renforts apportent un réconfort inestimable qui redonne tout son sens à notre engagement.